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Envolées féminines, ce titre voudrait laisser entendre des « voix différentes » : voix de femmes et d’hommes sensibles au relèvement concret d’une des situations sociales les plus iniques : l’exposition à une sorte de double « peine », du fait d’être femme et différente socialement (au niveau du capital symbolique) et/ou ethniquement (au niveau de la visibilité des héritages ou de l’origine).
L’accumulation de cette double discrimination expose certaines femmes à un « isolement », une sorte de mise sur une voie parallèle de l’insertion, souvent banalisée, sinon justifiée, dans les représentations sociales : une femme ne peut exercer certains travaux, une femme immigrée n’a pas les pré-requis pour entrer dans les dispositifs classiques de l’insertion par l’emploi, etc. Autrement dit, une femme n’aurait pas « naturellement » ou « objectivement » les mêmes chances qu’un homme pour construire par elle-même sa place dans la société, elle serait « naturellement » et/ou « culturellement » vulnérable. On évince facilement ainsi non seulement toute l’histoire du travail des femmes et des femmes immigrées aussi bien dans le monde agricole qu’industriel (hors même travail domestique). On passe du même coup sur toutes les expériences - y compris d’émigration - qui les dotent de capacités sociales importantes en éludant les compétences réelles qui font des générations d’aujourd’hui les égales (les rivales ?) de l’homme. Comme si un curseur dans l’imaginaire social déplace constamment dans les esprits le point d’ancrage dans la société, selon que l’on est de tel ou tel genre, de telle ou telle origine, etc., alors même que les discours normés se réfèrent à une éthique de l’égalité des chances, armée de droits et de règles indifférenciés selon ces catégories.
Face à cette vulnérabilité, construite et cristallisée dans et par des stéréotypes tenaces, il ne suffit sans doute pas aujourd’hui de rappeler l’éthique de justice et de droit, ni de seulement déconstruire les représentations. Il devient nécessaire de construire une autre manière de penser cette réalité et surtout d’autres façons de l’aborder et de l’accompagner dans les politiques sociales et les dispositifs institutionnels. C’est le pari fait par un certain nombre de partenaires en Isère en mettant en place l’action « Envolée féminine » (Conseil Général, FSE, Service Préfecture Droits des Femmes, Pôle emploi, Centres Communaux d’Action Sociale et l’Association ADATE).
Contextualisée et ajustée aux particularités des situations et des personnes, la démarche d’« Envolée féminine » laisse une grande place aux initiatives individuelles et collectives et la pédagogie y allie développement personnel, formation à l’autonomie, pédagogie de projet et approche communautaire interculturelle. Cette action permet ainsi à ces femmes, échappant aux dispositifs courants, de retrouver le chemin de l’insertion par différentes voies. D’autres expériences choisissent aussi d’inscrire la parole intime des femmes dans une perspective universelle («Le cri d’Antigone»).
Ce numéro, en abordant la double « peine » ethnique et genre par une entrée elle-même double -analytique et pratique- souhaite ainsi mettre en cause les évidences admises de ce fait social et inviter à entendre les voix, discordantes ou silencieuses, et surtout à reconsidérer, dans les pratiques sociales d’accompagnement, les compétences déniées de ces femmes.
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